Taxe au gigaoctet : montant, qui paie et impact sur les jeux vidéo
11,66 € pour GTA 6, jusqu'à 62 € pour 100 h de cloud gaming : les vrais calculs de la taxe au giga, qui la paierait, et pourquoi rien n'est décidé.
Par Alexandre
Mis à jour le
Pour l'instant, la taxe au gigaoctet ne change rien pour les joueurs : c'est un amendement voté en première lecture, pas une loi, et il a de bonnes chances de disparaître. S'il survivait, vous ne paieriez rien directement : la taxe de 0,055 € par gigaoctet serait due par les entreprises qui envoient les données, comme les boutiques de jeux ou les services de cloud gaming. La vraie question est de savoir combien elles répercuteraient : la taxe théorique atteint 5,50 € pour un jeu de 100 Go et 11,66 € pour GTA 6, et elle frapperait surtout le cloud gaming. Je suis technicien réseau et joueur, voici ce que dit vraiment le texte, et ce que je ferais à votre place : rien pour le moment.
| Élément | À retenir |
|---|---|
| 💶 Montant | 0,055 € par gigaoctet envoyé aux abonnés français |
| 👥 Qui paie | L'entreprise émettrice, pas le joueur ni le fournisseur d'accès |
| 🎮 Jeu de 100 Go | 5,50 € de taxe théorique, avant plafond et sans certitude de répercussion |
| 🖥️ Cloud gaming | Le plus exposé : de 0,33 à 0,62 € par heure en 1080p |
| ⏱️ Calendrier | Vote du budget à l'Assemblée d'ici au 17 novembre, puis Sénat jusqu'en décembre |
| ⚠️ Point de vigilance | Aucune taxe n'est en vigueur : personne ne peut vous la facturer aujourd'hui |
Taxe au gigaoctet : c'est quoi ?
C'est l'amendement n° I-1358 au projet de budget 2027, déposé par le député socialiste Laurent Lhardit et son groupe. Il crée une « taxe sur les producteurs de données numériques » de 0,055 € par gigaoctet transmis vers les abonnés à internet en France. Ses auteurs en attendent 10 milliards d'euros par an, un chiffre que le gouvernement conteste, et les estimations qui lui sont prêtées varient fortement d'un média à l'autre.
Le mécanisme est simple sur le papier. Les fournisseurs d'accès comptent les volumes envoyés à leurs abonnés et indiquent chaque émetteur au fisc, tous les trimestres, sans regarder le contenu. Le texte interdit de relever le contenu ou la destination des données : personne ne saura ce que vous avez téléchargé.
Le calcul de départ s'appuie sur l'Arcep, le régulateur des télécoms : 200 milliards de gigaoctets arrivent chaque année chez les abonnés français, dont la moitié venant de Google, Meta, Amazon, Netflix et Akamai. La taxe est plafonnée à 15 % du chiffre d'affaires réalisé en France ou à 2 % du chiffre d'affaires total. Détail qui nous concerne, l'exposé du texte justifie ce plafond par les secteurs qui envoient beaucoup de données par euro gagné, « comme la vidéo à la demande ou le jeu vidéo ».
Taxe au giga : qui paiera vraiment ?
Juridiquement, ce ne sera pas vous. Le texte dit que la taxe est acquittée par l'entreprise qui expédie la donnée, et précise que les fournisseurs d'accès ne font que transmettre les mesures. Il n'y a ni quota, ni ligne de plus sur votre facture de box, et Laurent Lhardit affirme que les abonnés n'auront rien à payer.
Économiquement, c'est moins clair. Une entreprise qui voit ses coûts monter a trois solutions : absorber, augmenter ses prix ou réduire ses volumes. Le texte le reconnaît presque : les réseaux de diffusion de contenus, ces serveurs placés près des abonnés pour accélérer les téléchargements, « refacturent ou non » la taxe à leurs clients. La somme peut donc descendre de maillon en maillon jusqu'au studio, puis jusqu'au joueur.
Octave Klaba, fondateur d'OVHcloud, chiffre l'addition de son entreprise entre 23 et 70 millions d'euros par an, à répercuter sur ses clients. C'est son estimation, pas un chiffre neutre, mais elle montre que la cible n'est pas seulement américaine. Le gouvernement estime lui aussi qu'une partie de la somme serait due par des acteurs plus modestes, notamment français.
Vrai ou faux ? Touchez une carte
Combien coûterait la taxe sur un jeu vidéo ?
Le calcul est une multiplication : le poids en gigaoctets par 0,055 €. Pour GTA 6 et ses 212 Go, cela donne 11,66 €, soit environ 15 % de ses 79,99 €. C'est de là que vient le chiffre de 12 € qui tourne sur les réseaux. Ce n'est pas un surcoût annoncé, mais le montant maximal que l'émetteur devrait théoriquement verser avant plafond.
GTA 6 lui-même n'est pas concerné en pratique : son préchargement ouvre le 10 novembre 2026 et le budget 2027 ne sera pas adopté avant plusieurs semaines. Le sujet porterait plutôt sur les jeux à venir, et surtout sur un coût que peu de gens ont en tête : les mises à jour. Un correctif de 50 Go coûterait 2,75 € à l'émetteur, sans vente en face, et un jeu gratuit de 40 Go téléchargé par un joueur qui ne dépense jamais 1 € représenterait 2,20 € de perte sèche.
Pour me faire une idée, j'ai regardé le compteur de ma box : 780 Go reçus en octobre, pour un foyer de quatre avec deux joueurs, une PS5, un PC, des séries et deux jours de télétravail par semaine. Cela représenterait 42,90 € par mois, si absolument tout était taxé au plein tarif et intégralement répercuté. C'est le scénario du pire, pas une prévision, et le plafond comme la concurrence le rendent peu réaliste.
Steam, PlayStation, Xbox : qui serait concerné ?
Le texte ne cite aucune boutique. Il vise « l'entreprise ayant expédié la donnée », ce qui inclut logiquement Steam, l'Epic Games Store, le PlayStation Store, le Xbox Store, le Nintendo eShop et les éditeurs qui distribuent eux-mêmes leurs fichiers. Si l'émetteur passe par un réseau de diffusion, c'est le flux sortant de ce réseau qui est compté. Akamai, cité dans l'exposé, transporte justement des téléchargements pour de nombreux clients.
Le plafond pose une question que le texte ne tranche pas. Il dit « 15 % du chiffre d'affaires réalisé en France ou 2 % de son chiffre d'affaires total », sans préciser laquelle des deux limites s'applique. Et pour une boutique, quel chiffre d'affaires retenir : le prix du jeu, ou sa commission ? Sur un jeu à 70 €, 5,50 € de taxe passent sous la limite de 15 % du prix, mais pas sous celle de 15 % d'une commission de 21 €.
Il reste enfin un problème d'équité, soulevé par Octave Klaba : une entreprise installée en France paiera sans discussion, alors que le recouvrement auprès d'un groupe étranger sans filiale s'annonce plus compliqué. Pour un studio français qui héberge lui-même ses mises à jour, le coût pourrait donc être plus immédiat que pour un géant américain. C'est mon principal reproche au dispositif, côté jeu vidéo : il compte des octets, pas des bénéfices.
Le cloud gaming et les abonnements seraient-ils les plus touchés ?
Oui, et de loin. Un téléchargement se paie une fois, alors que le cloud gaming envoie un flux vidéo à chaque minute de jeu. Une heure en 1080p consomme environ 6 à 10 Go, et jusqu'à 11 Go à 25 Mb/s, le débit recommandé par Nvidia, soit de 0,33 à 0,62 € de taxe théorique par heure. Sur les 100 heures mensuelles de GeForce Now, cela ferait de 33 à 62 €, pour un abonnement dont le tarif le plus élevé est à 21,99 €.
Le plafond empêcherait d'en arriver là, mais le modèle économique du cloud serait le plus fragile. Je m'attendrais à trois réactions possibles si la taxe passait : des abonnements plus chers, des quotas d'heures plus serrés, ou une qualité d'image abaissée par défaut en France. Certaines offres pourraient même ne plus être rentables. C'est le seul endroit où je pense que les joueurs verraient vite la différence.
Pour le reste, le jeu en ligne lui-même pèse peu. Une partie de Counter-Strike 2 ou de Street Fighter 6 envoie surtout des positions et des actions, pas de la vidéo : c'est le téléchargement du jeu qui coûte, pas la partie. Regarder un streamer sur Twitch à 6 Mb/s représente environ 2,7 Go par heure, soit 0,15 €, que la plateforme devrait absorber ou répercuter sur ses abonnements et sa publicité.
Qui a voté la taxe au gigaoctet et où en est-on ?
L'amendement a été adopté le vendredi 30 octobre 2026 par 11 voix contre 10, avec 14 abstentions, soit 35 votants sur 577 députés. Le gouvernement et le rapporteur général du budget y étaient opposés, et la commission des finances l'avait déjà rejeté en octobre. Deux députés LFI, dont Éric Coquerel, ont déclaré s'être trompés de bouton en votant pour, et le groupe RN s'est abstenu.
Ce vote ne vaut pas adoption. L'amendement n'existe que si toute la partie « recettes » du budget est votée, et ce vote prévu le 3 novembre a été repoussé : l'examen se poursuit au moins jusqu'au 6 novembre. Si cette partie est rejetée, les amendements adoptés tombent avec elle, et c'est le texte initial du gouvernement qui partira au Sénat.
Même en cas d'adoption, le Sénat peut le supprimer, et le gouvernement peut l'écarter en recourant au 49.3 ou demander une nouvelle délibération. LCP et Next jugent très peu probable que la taxe figure dans le budget final. Je partage ce pronostic, mais un pronostic n'est pas une garantie : un budget peut réserver des surprises, et l'idée reviendra sans doute. Des propositions voisines avaient déjà été déposées en 2024 et en 2025.
Le parcours de la taxe au gigaoctet
- Début oct.La commission des finances rejette le dispositif
- 9 oct.Amendement I-1358 à 0,055 € par Go
- 30 oct.Adopté par 11 voix contre 10
- 3 nov.Vote sur les recettes repoussé
- 6 nov.Examen des recettes jusqu'à cette date au moins
- 17 nov.Vote de tout le budget à l'Assemblée
- 20 nov.Début de l'examen au Sénat
- 17 déc.Fin du délai du Parlement
Faites défiler la frise vers la droite. Calendrier au 3 novembre 2026, il peut encore bouger.
Que faire en tant que joueur ?
Rien dans l'immédiat, et surtout pas d'achat dans la précipitation. Aucune taxe n'existe aujourd'hui, donc télécharger toute votre bibliothèque ce week-end ne vous ferait rien économiser. Un jeu téléchargé reste sur votre compte, et rien dans le texte ne concerne vos achats passés. Mes conseils d'achat restent ceux de mon guide pour payer ses jeux moins cher.
Voici ce que je surveille et ce que je ferai, dans l'ordre :
- Regarder le vote sur les recettes, attendu après le 6 novembre : s'il échoue, la taxe disparaît à ce stade.
- Suivre le vote de l'ensemble du budget, le 17 novembre au plus tard, puis l'examen au Sénat, jusqu'au 9 décembre.
- Ne pas renouveler un abonnement de cloud gaming à l'année avant d'y voir clair : je les prends déjà au mois.
- Si la taxe passe, comparer les prix avant et après, boutique par boutique, plutôt que de croire les chiffres des réseaux sociaux.
Il y a un effet que je trouverais presque positif, et les auteurs du texte le revendiquent : pousser les éditeurs à mieux compresser leurs jeux. Après avoir vu tant de correctifs plus lourds que le jeu de mes débuts, et perdu un vol Nantes-Marseille à attendre 2 Go de mise à jour sans réseau, je ne pleurerais pas des fichiers plus légers. Mais on peut y arriver sans une taxe aussi mal ciblée, et je mettrai à jour cet article dès que le Parlement aura tranché.
Les questions fréquemment posées
La taxe au gigaoctet est-elle en vigueur ?
Non. C'est un amendement adopté en première lecture le 30 octobre 2026. Il doit encore passer le vote du budget à l'Assemblée, puis le Sénat, et il peut être supprimé à chaque étape.
Vais-je payer la taxe sur ma facture internet ?
Non, pas directement. Le texte fait payer l'entreprise qui envoie les données, et les fournisseurs d'accès se limitent à mesurer les volumes. Une répercussion sur le prix des services reste possible, sans que personne puisse la chiffrer aujourd'hui.
Combien la taxe coûterait-elle pour 100 Go ?
5,50 € à l'émetteur, à 0,055 € par gigaoctet, avant application du plafond de 15 % du chiffre d'affaires français ou de 2 % du chiffre d'affaires total.
Les jeux déjà achetés seraient-ils taxés ?
Le prix que vous avez payé ne changerait pas. En revanche, si vous les retéléchargez ou s'ils reçoivent une mise à jour après l'entrée en vigueur, ces volumes compteraient pour l'émetteur.
Les disques échappent-ils à la taxe ?
Le contenu du disque, oui, car il ne passe pas par internet, mais pas ses mises à jour. Beaucoup de boîtes actuelles ne contiennent d'ailleurs qu'un code, comme celle de GTA 6.
Mon ping sera-t-il affecté ?
Non. La taxe porte sur les volumes, pas sur la qualité de la connexion, et le texte n'impose aucun bridage. Seul un service de streaming qui baisserait sa qualité pour réduire ses volumes changerait votre confort.
